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Témoignage: J’ai changé de domaine et de métier


Je n’aurais jamais pensé pourvoir un jour me lancer dans un domaine autre que celui pour lequel j’avais fait plus de 6 ans d’études universitaires. Petite, je m’amusais à lire les contes de Abdelaziz El Aroui, à accompagner mes parents et ma sœur aux pièces de théâtre et autres spectacles culturels. Ces petites parenthèses artistiques et furtives m’enchantaient plus que n’importe quel jeu pour enfant…plus que la Gameboy de Nintendo, plus que les boums des amis du collège. J’aimais la magie et la rêverie qui entouraient ces créations artistiques.

A 12 ans, je me cachais pour lire les gribouillis de ma sœur, de cinq ans mon aînée, et rêvais secrètement de pouvoir écrire comme elle, en arabe ou en français.  A 17 ans, j’espérais secrètement pouvoir faire de la littérature et des langues un métier. Cependant, je me faisais à une certaine réalité que tout mon entourage ne cessait de me répéter : « Tu es si bonne élève que tu pourrais être médecin, avocate ou architecte. Les métiers d’enseignant, de traducteur ou de journaliste ne sont pas épanouissants dans cette ère de dictature. Que vas-tu faire ? Faire l’éloge de Ben Ali en parlant d’une pièce de théâtre ? Et puis la vie est dure et ces métiers ne te feront pas gagner ta vie de manière confortable. »  

« Tu es si bonne élève que tu pourrais être médecin, avocate ou architecte. Les métiers d’enseignant, de traducteur ou de journaliste ne sont pas épanouissants dans cette ère de dictature. Que vas-tu faire ? Faire l’éloge de Ben Ali en parlant d’une pièce de théâtre ? Et puis la vie est dure et ces métiers ne te feront pas gagner ta vie de manière confortable. »  

Architecture ou autres…

Alors à défaut d’être médecin ou juriste, je me suis orientée vers l’architecture. Un métier aussi noble que bafoué dans une Tunisie qui ne reconnait pas la valeur de certains corps de métiers. Durant mes années universitaires, j’ai pu affiner ma sensibilité artistique, développer ma créativité et appris à aimer cette discipline. Mais je ne me sentais toujours pas prête à mener la bataille des appels d’offre, de la concurrence, des commandes de projets conventionnées. Je ne voulais pas travailler 10 heures par jour à faire et refaire les mêmes gestes au quotidien pour un patron qui briderait mon imagination créatrice pour satisfaire un client borné. Je n’étais plus sure de vouloir être architecte en Tunisie.

Alors en attendant d’avoir assez de confiance et de courage pour lancer un cabinet de groupe, ou du moins pour trouver issue à ces 6 ans d’études, je partis en France pour un diplôme d’approfondissement en architecture. Je voulais surtout me découvrir. Comprendre quelle vie je voulais vivre : celle d’une salariée respectable, celle risquée d’une patronne de boîte, celle d’une professeure universitaire avec tout ce que cela implique comme études supplémentaires, ou alors celle d’un tout autre métier, plus libre, plus artistique, moins monotone. A Paris, l’idée de changer de circuit commençait à émerger et à me trotter dans la tête. Durant 4 ans, je vis d’arts et de lumières. Je vis de musique et de spectacles. D’architecture et de découverte. Je commençais à aimer le métier en France. Je m’apprêtais à chercher un poste en France à la fin de mes études, lorsque la révolution fut en Tunisie. Et pendant des mois, je n’ai fait qu’écrire pour des sites étrangers sur ce qui se passait dans mon pays. J’ai toujours écris des nouvelles, des réflexions que je ne publiais que dans mon blog, sur des forums ou sur ma page Facebook. Avec la révolution, j’ai osé écrire pour des sites français. Et bizarrement, mes papiers traitaient de la dite « révolution culturelle » en Tunisie.

Et la révolution fut

Fin 2011, après mon vote en France pour les élections législatives tunisiennes, je me décide à rentrer définitivement. En attendant de trouver un poste d’architecte à plus de 500 dinars le mois, je me suis mise à écrire pour un magazine fraîchement installé sur le marché tunisien. Le hasard et les bonnes rencontres font que ce ne soit pas l’unique magazine pour lequel je travaille. Là où je suis engagé pour 6 heures de travail quotidiens est un magazine de qualité. J’y côtoie des pointures du journalisme et de la littérature : Moez Majed, Emna Louzyr, Azza Filali, Lotfi Larguet, Nicolas Beau, Sofiene Ben Farhat etc. et j’y apprends les ficelles du métier.  La culture restera mon dada et durant les 5 ans qui suivent, je sillonne les plus grands événements artistiques et je mène des interviews incroyables (Souad Massi, Imany, Anouar Brahim, Mashrou Leyla, Sophie Bessis, Hichem Jaiet, Lotfi Dziri etc.)

 La culture restera mon dada et durant les 5 ans qui suivent, je sillonne les plus grands événements artistiques et je mène des interviews incroyables (Souad Massi, Imany, Anouar Brahim, Mashrou Leyla, Sophie Bessis, Hichem Jaiet, Lotfi Dziri etc.)

La suite se fera très rapidement, avant que je ne me pose réellement la question, je m’aperçois que c’est ce que j’ai toujours voulu faire. Lorsque la radio suit, il ne fait plus aucun doute. Ma famille le voit et l’accepte. Et l’architecture est mise entre parenthèse pour un moment. Aujourd’hui, je suis rédactrice et animatrice radio. J’aurais peut être pu être une bonne architecte plutôt bien payée. Mais j’ai préféré la passion à la stabilité. Et puis je suis sure d’une chose : je suis faite pour ce métier. La suite ? La télé peut être…Qui sait ?

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