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Édito de janvier-février 2021 – Le futur ne recule jamais ;-)

L’entame d’une nouvelle année est traditionnellement le temps des projections : quelle tendance l’innovation va-t-elle suivre dans les mois à venir, à quel rythme l’économie va-t-elle rebondir, quels vont être les besoins de compétences et comment l’appareil de formation va-t-il tourner…
Chacun peut y aller de son oracle mais quand le renouveau trébuche, pourquoi ne pas tenter un éclairage à la lueur d’une petite rétrospective ?

En ce début d’année qui hésite à déclarer non grata la précédente, on emprunte au dessinateur Voutch le titre de ce premier édito de l’année 2021 : Le futur ne recule jamais, titre d’un album paru en 2006 où se croise en couverture une foule, que l’on pourrait définir comme composée d’individus « seuls ensemble », statique et emportée vers une destination inconnue par des escalators. C’est rigolo et ça laisse à chacun le soin d’interpréter la métaphore. On a un peu hésité avec Le pire n’est même pas certain, album paru en 1999, orné d’un cadre aux yeux cernés, qui abaisse avec précaution la persienne de son bureau pour tenter d’apercevoir ce que l’horizon réserve.

Puisque le neuf se fait attendre, pourquoi ne pas prendre le temps d’un regard dans le rétro ?

Nous avons déniché pour cela le n° 1 de la revue Futur(e)s, publié il y a vingt ans en novembre 2000. Trois des cinq articles de une promettent de révéler ce qui nous est caché : Les maitres du Net contrôlent la Toile et on ne les connaît pas, L’ex-KGB veut contrôler le Net, Les cyborgs sont parmi nous. Brrr… Un quatrième sujet évoque l’avènement de l’économie virtuelle en nous présentant des « industriels aux mains nues, sans usine et sans industrie ». Intéressant. Mais c’est surtout le dossier central qui attire notre attention : Attachez vos ceintures, l’économie du savoir bouleverse tout ! C’est peut-être même pour ce sujet que nous avions acheté ce premier numéro d’une revue qui invitait à vivre le changement.

Couverture du n° 1 de la revue Futur(e)s, paru en novembre 2000

Couverture du n° 1 de la revue Futur(e)s, novembre 2000

Sur dix pages, cinq experts rebaptisés gourous livrent leur vision des défis qui attendent la société de la connaissance. Dominique Foray, alors directeur de recherche au CNRS et aujourd’hui directeur de la chaire d’économie et management de l’innovation à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (Suisse), remarquait déjà qu’ « un monde riche en savoirs et en connaissances crée une nouvelle forme de rareté » : « Les capacités d’attention, c’est-à-dire les capacités des personnes à discriminer, filtrer, identifier et recombiner les savoirs. » À la suite du prix Nobel d’économie 1978 Herbert Simon, qui « a longuement étudié le rôle de la mémoire dans les apprentissages ou celui des ressources cognitives que les agents doivent développer dans un monde riche en informations », Dominique Foray souligne que cette « économie des capacités d’attention reste à approfondir ». Où en sommes-nous ?

Investir dans la formation
Pour Herbert Simon, si la révolution électronique a effectivement « réduit les coûts de transfert de l’information » entre ordinateurs, ce n’est pas le cas entre cerveaux. La conséquence résonne encore fortement : « Si les cerveaux ont encore un rôle demain, il faudra donc allouer bien plus de ressources économiques à la formation et à l’éducation. » Il soulignait également l’importance de la recherche en psychologie cognitive. Détour par le Danemark avec Bengt Åke Lundvall, professeur à l’université d’Aalborg, qui insiste sur l’accélération « foudroyante » du cycle d’obsolescence de la compétence : « Le problème n’est pas seulement d’avoir accès à l’information et aux savoirs spécialisés, mais surtout d’être capables d’acquérir de nouvelles compétences et d’oublier les anciennes, afin de pouvoir affronter les nouveaux enjeux qui se succèdent sans discontinuer. »

New Deal de la formation
Plaçant au centre de sa réflexion la question sociale, l’expert danois juge « absolument indispensable que les gouvernements proposent un nouveau New Deal visant à redistribuer les opportunités de formation et l’accès aux réseaux d’échange de savoir ». Avec Hal Varian, doyen de l’École de gestion et des systèmes d’information et professeur d’économie à l’université de Californie à Berkeley, c’est la question de la qualité de l’information qui est débattue : non seulement « la quantité de l’information produite qui est réellement consommée tend à être asymptote à zéro », en raison du manque de temps, mais il en est convaincu, « l’information inutile submerge totalement l’information valable ». Dans un monde où « publier ne coûte rien, la mauvaise information devrait être moins chère et l’information censée, valable, opportune, de bonne qualité, précise et utile, devrait pouvoir bénéficier d’une prime ». Et pour la formation ?

« L’économie sera jugée en fonction de son aptitude à favoriser les processus d’acquisition des savoirs » (Bengt Lundvall)

Clôture du dossier et retour en France avec Jacques Attali, qui imagine que le déplacement de l’objet de l’économie de la rareté vers les plaisirs non monétaires, dont ceux « de comprendre, de faire comprendre, de découvrir, de faire découvrir, d’apprendre, de faire apprendre », débouchera, dans quelques siècles, sur « l’économie de la réciprocité ». On se souviendra peut-être alors que les prémices de cette révolution s’incarnaient dès le XXème siècle finissant dans les réseaux d’échanges réciproques de savoirs de l’institutrice Claire Héber-Suffrin.

Du nouveau chez Edtech France

Début 2021, c’est une association née il y a moins de trois ans qui se renouvelle : Anne-Charlotte Monneret est la nouvelle déléguée générale d’Edtech France. Elle succède à Rémy Challe, désormais Chief Innovation Officer chez Skill&You. Première prise de contact avec Anne-Charlotte Monneret en vidéo, pour une présentation des objectifs 2021 d’Edtech France :

En 2021, toute l’équipe de Centre Inffo demeure à votre service et vous adresse ses meilleurs vœux !

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