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Quitter le métier de prof: un an, le bilan

Bien-sûr, sur le papier, ça fait plus d’un an que je n’ai pas remis un orteil dans une classe: depuis janvier 2018, très exactement, soit bientôt 3 ans. Mais ça fait seulement une grosse année que j’ai débuté mon nouvel emploi, un an que j’ai changé de vie professionnelle et je commence à avoir un certain recul sur mon choix. Cet article est clairement destiné aux profs qui me lisent (tu le verras, les questions sont orientées) mais aussi à tous ceux qui s’interrogent, qui ont peur, qui hésitent à franchir le pas, ou même craignent de laisser germer l’idée d’une reconversion. Une auto-interview, c’est beau nan?

Est-ce que tu regrettes?

On va commencer de façon limpide: non. Non seulement je ne regrette PAS, mais en plus je ne regrette RIEN. Ce qui n’est pas la même chose. C’est simple: pas une seule fois, l’aiguille du regret n’est venue me titiller.

Est-ce que les élèves te manquent?

Hein? Pardon? Non, évidemment. Plus précisément, je pensais que le fait de ne plus avoir de petits nenfants m’entourant toute la journée allait créer une sorte de vide (ouais, ils sont chiants et fatigants, mais ils sont aussi drôles, attachants, surprenants), mais force est de constater que…non. Faut dire que j’en ai trois exemplaires à la maison, ça aide à maintenir le quota de contacts infantiles quotidiens.

Et les conditions de travail, c’est vraiment mieux?

Vraiment, en effet. Si tu te souviens bien, j’avais détaillé dans cet article quel choc (positif) avait été pour moi la découverte de mes nouvelles conditions de travail. Un an plus tard, le constat est identique: il n’y a pas ce manque de ressources et ce manque de personnel dont souffre l’Education Nationale, du coup, je ne cours pas, je suis parfaitement équipée pour effectuer mon travail, j’ai gagné en qualité de vie professionnelle (souplesse, calme, télétravail, possibilité de m’organiser seule de A à Z, espace, absence de fatigue physique et morale). Surtout, la façon dont se déroulent mes journées ne dépend plus totalement de tout plein de petits êtres extérieurs à ma vie. J’ai la sensation d’avoir retrouvé la maîtrise sur ma vie. Rien que ça.

Les vacances, pas trop compliqué de faire une croix dessus?

Non plus. Il faut dire qu’aujourd’hui, j’ai beaucoup moins besoin de vacances. Mes périodes de travail correspondent globalement à celles des périodes scolaires, mais je n’arrive plus au bout à moitié agonisante, évidemment je suis toujours heureuse d’être en congés, mais ces derniers ne me sont plus vitaux. Et puis, j’apprécie la souplesse liée à mon nouveau statut: congé au pied levé, récupération des heures supplémentaires, compte-épargne temps, monétisation possible compensent très largement en qualité la quantité que j’avais avant. Pour verser dans le concret, j’arrive à prendre un mois l’été et une semaine à chaque vacances scolaires, plus quelques jours que j’égraine au fil de l’année. Je ne vais plus au boulot le jour de mon anniversaire, c’est moi qui te le dis.

Un chef présent tous les jours, ça se gère?

Quand il est sympa et pas con, bien-sûr. En réalité, je considère la relation avec ma chef comme une relation de collaboration, de collègue à collègue, elle est là comme ressource, pour me guider ou m’informer, mais je n’ai pas du tout l’impression d’être un pion mené à la baguette par un être tout-puissant qui se délecterait de m’emmener où il le veut. Ma chef a une expérience, une analyse qui me font défaut et sur lesquels je n’ai aucun scrupule à m’appuyer. De son côté, elle me fait des retours réguliers sur mon travail, l’évalue, me propose des pistes d’amélioration et je préfère mille fois ce guidage à proximité de long terme que cet espèce de management qui était le mien auparavant, à distance, mais pesant, et qui fondait sur moi comme sur une proie une fois tous les 6/7 ans.

C’est intéressant, au moins?

C’est intéressant parce que j’ai extrêmement bien choisi mon poste. Je ne sais pas ce qu’aurait donné comme résultat un poste basé sur davantage d’instruction. Mon poste fonctionne en mode projet. C’est sa force, mais aussi sa faiblesse. Sa force, parce que j’ai la main sur le sujet du début à la fin (études, concertations, refonte, adoption, mise en oeuvre opérationnelle) et sa faiblesse, parce qu’il y a inévitablement des moments de creux que j’ai parfois du mal à gérer, moi qui étais occupée intensément à chaque seconde de mon ancien métier. C’est un poste qui me permet d’être identifiée comme référente sur mon domaine, et qui me permet de prendre part à chaque étape de validation de mon travail, voire d’être mise en avant pour le faire (coucou la présentation du travail devant 50 personnes en salle de conférence). Donc oui, c’est intéressant.

Et le salaire?

Parlons flouze, pépettes et thune. J’ai fait un choix de reconversion qui m’a permis de ne pas perdre d’argent et même, de gagner plusieurs centaines d’euros net par mois…en quittant le statut de cadre inhérent à celui de prof. Ça peut paraître illogique. Ça l’est beaucoup moins quand on sait que les profs (cadres A, donc) gagnent 30% de moins que les autres cadres de la fonction publique. Par contre, évidemment, je suis au taquet, je ne pourrais plus monter avec mon statut actuel. Mais plus qu’un handicap, je le vois comme une raison supplémentaire de me bouger et de repasser des concours par la suite.

Comment tu envisages la suite, justement?

Même si mon travail actuel me plaît, soyons claire: j’ai changé de métier pour pouvoir changer de métier. Je compte bien profiter de tous les avantages de mon nouveau statut, et notamment, celui de pouvoir changer de poste (et donc de fonction ET de domaine de compétences) tous les trois ans. Je n’ai pas pris tous ces risques pour m’encroûter sur place pendant des années. Donc la suite, ce sera un changement de poste dans deux ans (j’aimerais aller vers l’écologie, là où aujourd’hui, j’ai un poste davantage tourné vers le diagnostic de territoire). Et encore, encore après, un concours pour monter, mais pas vers le management, plutôt vers l’ingénierie.

Tu l’auras compris: je ne reviendrai JAMAIS en arrière (de toute façon, je ne peux pas, je suis officiellement radiée de l’Education Nationale), je ne regrette RIEN, c’est même plus profond que ça: je me demande aujourd’hui comment j’ai fait pour être prof aussi longtemps.

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